17 Mar 2018 | 1

Zéro Déchet : interview de Tiff in Lyon, activiste lyonnaise

Tiphaine dans son environnement local,

sur les pentes de la Croix-Rousse

L’écologie est une préoccupation constante dans ma vie quotidienne. Si mon blog s’est vite orienté vers la cuisine, j’ai toujours eu à l’esprit les enjeux écologiques liés à notre mode de vie en général et à notre façon de nous nourrir en particulier (retrouvez ici mes billets sur le sujet). Je suis évidemment une adepte de l’agriculture biologique, des produits locaux et de saison (cf. billets), je recycle comme une forcenée. Et, à l’heure où il est impossible de fermer les yeux sur les conséquences dramatiques du réchauffement climatique et où notre mode de vie occidental fait question, l’approche zéro déchet me parle aussi de plus en plus.

J’ai eu la chance de croiser Tiphaine Guillermou, dite Tiff in Lyon, à des événements écologiques dernièrement et elle a gentiment accepté de m’accorder cet interview. Rencontre avec une jeune activiste lyonnaise pour tout savoir de sa vie Zéro Déchet (ZD) – et s’inspirer de son exemple !

Un résumé des principaux liens est à retrouver en fin de billet. 

Bonjour Tiphaine, peux-tu nous dire d’où vient ta conscience écologique ?

Tiff : Je suis née à l’étranger, à Abou Dabi (NDR : aux Emirats arabes unis), et ai vécu dans huit pays différents, France incluse ! Ma mère a grandi à la campagne et m’a appris les plantes. Elle faisait beaucoup de jardinage. Le fait de voyager et d’être dans des lieux encore peu explorés, avant qu’ils soient transformés par le tourisme de masse, a probablement joué un rôle. Quand nous habitions en Syrie, nous allions à Palmyre. Nous jouions dans les cités romaines avec mes sœurs comme si nous étions dans Indiana Jones. Quand nous habitions au Venezuela, nous sommes allés en Amazonie.

On voyageait hors des sentiers battus, ce qui m’a donné le goût de l’authentique et de l’artisanat.

Plus tard, j’ai fait une école de commerce, à Nice, et une école de design, à Singapour. Mes deux mémoires portaient sur la sur-consommation : le premier était sur les recharges écologiques dans la parfumerie de luxe et le deuxième sur la perte d’authenticité liée au tourisme de masse. A Singapour, où j’ai vécu de 2011 à 2013, je me posais déjà la question du suremballage mais je menais ma vie normalement.

Le vrai déclic est venu du haze, le brouillard qui intervient régulièrement là-bas pendant deux-trois mois.

On atteignait 600 PSI (NDR : index de pollution) parfois : les écoles étaient fermées, les personnes âgées devaient rester chez elle, on devait mettre un masque en permanence. Même en fermant la fenêtre, on avait de la poudre blanche en permanence parce que, en fait, ils brûlent la forêt d’Indonésie. Les gens subissaient ça sans se poser de questions, sans se demander quoi faire pour l’arrêter. Je savais que c’était lié à la déforestation et à l’huile de palme, dont Singapour est un des plus grands consommateurs. Singapour possède les entreprises implantées en Indonésie donc c’est un peu le serpent qui se mord la queue : ils ne peuvent pas intervenir, il n’y a aucun contrôle, rien ne se fait. J’ai vu ça, j’étais énervée.

C’est à cette époque que j’ai déménagé en France, en 2013, et que j’ai décidé d’arrêter de consommer de l’huile de palme.

J’ai commencé à lire les étiquettes et à faire attention à mon alimentation. A un moment donné, je suis tombée sur le blog de Lauren Singer, Trash is for Tossers : c’est une Américaine dont les déchets tiennent dans un bocal. Elle vit à New York, elle a mon âge (NDR : 28 ans). A l’époque, le phénomène venait des US. J’avais déjà lancé mon blog à Lyon et je me suis dit que j’allais traduire ses conseils en français. En parallèle, je me formais.

J’ai commencé par éliminer le plastique de la maison et le remplacer par des alternatives.

Et puis après, j’ai fait mes produits ménagers et cosmétiques. Comme je ne comprenais rien aux étiquettes des produits alimentaires, je me suis dit que j’allais arrêter d’acheter industriel. Du coup, j’ai commencé à aller au marché. Day by Day (NDR : une épicerie de vrac, avec des franchises dans la France entière) a ouvert, puis Bio, c’est bon (NDR : 121 magasins bio en France et à l’étranger). Et après, il y avait plein de magasins qui faisaient du vrac.

 

Peux-tu nous rappeler les grandes règles du Zéro déchet ?

Tiff : Il y a la règle des 4 R : refuser, réduire, réutiliser/remplacer, recycler/composter. Ça, c’est la technique pour y arriver. Quand tu refuses, tu dis non à des petites choses simples, comme les échantillons. Tu emportes ta boîte chez le boucher car tu veux dire non au plastique. Tu dis non aux choses dont tu n’as pas besoin : « Non, je ne vais pas m’acheter une cinquième paire de baskets. »

Après tu réduis : tu reviens aux besoins primaires, tu vides tes placards de salle-de-bain, de cuisine.

Est-ce que j’ai vraiment besoin de quatre cuillères en bois, par exemple ? Une amie minimaliste m’a dit que sur le plan de travail, il ne faut avoir que ce que j’utilise tous les jours. Ce que tu utilises une fois par an, tu peux le donner et le louer quand tu en as besoin. Au dernier vide-grenier, j’ai vendu ma bouilloire en plastique, mon wok et mon blender, que j’ai remplacé par un mixer plongeant. Je n’ai plus que mon extracteur de jus sur mon plan de travail.

Vu que, dans cette démarche, tu dépenses moins d’argent, tu peux plus facilement craquer pour quelque chose qui va te coûter plus cher mais qui aura de multiples usages et sera de meilleure qualité. Tu achètes un beau bol en grès qui va te coûter 30 euros plutôt qu’une assiette Ikea. Tu vas l’apprécier. Ça permet d’avoir une belle maison, avec une belle déco naturelle, du bois, du métal.

Ma définition à moi du Zéro déchet, c’est consommer en pleine conscience et ouvrir les yeux sur la façon dont sont produites les choses et ce qu’elles vont devenir en fin de vie, les ressources nécessaires pour les recycler.

Ton copain est-il dans la même démarche ?

Tiff : Pas complètement mais il a vu que ce qu’on cuisine est meilleur en goût, qu’on dépense moins d’argent, qu’il est en meilleure santé. Il n’est pas matérialiste du tout à la base, il n’a pas beaucoup de choses donc ça, c’est bien. Quand je laisse tout seul, il va s’acheter ses trucs mais il peut aussi prendre sa boîte et aller chez le fromager ou le boucher. Au début, il avait mis un véto sur l’éponge : il ne voulait pas supprimer l’éponge, mais maintenant, il prend la brosse en bois avec du savon. Il s’est habitué. Pareil pour le savon : au début, il voulait garder son gel douche. Il ne reste plus que les cotons-tiges ! Je vais lui acheter un oriculi.

Quels sont les conseils de base que tu donnes pour convaincre tes copines moins écolo que toi ? 

Tiff : Quatre après mon propre démarrage, mes meilleures copines et même mes sœurs sont toutes devenues plus écolo ! Je suis trop contente ! C’est pas mal en leur montrant l’exemple que ça les a convaincues : j’allais chez une amie qui avait plein de produits dans sa douche et moi, je venais avec ma petite trousse de toilette dans laquelle j’avais toute ma salle-de-bain. Je lui ai fait sentir mon savon artisanal bio, qui sent trop bon, je lui ai montré que je n’avais pas la peau sèche, que j’avais les cheveux propres en les lavant avec du rhassoul.

J’essaye d’être un exemple vivant du Zéro Déchet : je suis dans l’air du temps, je ne suis pas hippie, j’aime la déco, j’aime me faire plaisir en mangeant, je suis plutôt en bonne santé et j’ai les cheveux brillants.

Je fais attention à tout ça pour donner envie. Les gens pensent que je n’ai plus de temps mais pas du tout ! Quand je fais de la lessive, j’en fais 5 litres. Avant je faisais du liquide vaisselle, maintenant, j’ai du savon de Marseille dans un pot. Pour le shampoing, avant je prenais du rhassoul, maintenant, j’ai plus tendance à utiliser le même savon que pour ma peau. Pour les crèmes de jour, j’en ai acheté une l’autre jour, artisanale, dans un pot en verre. Les ingrédients sont notés dessus et, si je veux, je peux essayer de la refaire.

Au début, dans la transition, j’essayais de tout faire : l’éponge, le liquide vaisselle, les cosmétiques, la lessive. C’est un truc à paniquer ! 

Mais cette transition est importante : tu te rends compte que ton liquide vaisselle maison que ça mousse moins mais que c’est propre. Si tu passes tout de suite du liquide vaisselle industriel au savon, tu vas trouver ça gras et te dire que ça ne marche pas. Le dentifrice fait partie des trucs que j’achète à nouveau, par exemple. Pendant un an, je l’ai fait avec du bicarbonate et de l’argile, avec de l’huile essentielle de menthe. Mais quand j’ai vu que mes dents pouvaient en pâtir, j’ai arrêté. Maintenant, j’achète celui de Pachamamaï, qui fait partie de la box Zorro Déchet que je propose. Il est dans une boîte en métal et tu peux racheter juste le galet, à remettre dans la boîte.

Il faut adapter le Zéro Déchet à sa vie propre. Acheter ce dont on a besoin, en vrac si possible, si on ne veut pas le faire soi-même. 

Peux-tu nous donner quelques règles à suivre pour une cuisine ZD ?

Tiff : Faire les courses au marché, auprès de producteurs locaux. Un producteur local n’a généralement pas plus de cinq à six produits différents. S’il vend des avocats, des tomates, des artichauts et des amandes, tu sais que ce n’est pas un producteur local !

Ensuite, quand tu fais les courses, privilégier le carton et sinon le verre.

Acheter des bocaux de seconde main, chez Emmaüs, ou utiliser ceux que tu as eus en faisant tes courses, et remplir les placards en allant dans des épiceries de vrac pour remplacer les produits emballés. Rien qu’avec ça, tu élimines beaucoup de choses.

Enfin, toujours avoir dans ton sac un tote bag avec deux sacs à vrac à l’intérieur. C’est bien d’en avoir un peu plus au total, mais au moins deux tout le temps avec soi.

Quels sont tes coups de cœur actuels autour du ZD ?

Tiff : Marie Cochard, qui a le blog Ma cabane anti-gaspi, a écrit deux bouquins : un sur les épluchures, que je consulte sans arrêt, et un sur la vie sans frigo, que je viens de commander. Ce sera la prochaine étape ! Son livre sur les épluchures est vraiment super intéressant car il montre tout ce qu’il est possible de faire avec les épluchures : teintures végétales, soins pour le corps, recettes…

Je fais aussi partie du collectif des entrepreneurs ZD de Lyon, qui regroupe des acteurs engagés dans la démarche ZD au niveau local. Je parle aussi sur mon blog des associations qui font bouger les choses à Lyon en matière d’économie circulaire : la Gonette, Récup et Gamelles, Ancelia,L’Atelier soudé, etc.

Une personne qui m’inspire beaucoup aussi, c’est Aneta Sidor, du projet A la source, une épicerie ZD qui à ouvert à la Part-Dieu, à Lyon. Elle fait tout toute seule, elle a une énergie de folie. Elle a eu beaucoup de problèmes pour trouver son local et le financement. Elle n’a jamais lâché son projet. Elle a fait tous les travaux avec son copain. C’est vraiment une battante. Elle a beaucoup de mérite. Elle a monté une épicerie globale où les déchets sont revalorisés dans des ateliers.

Le mot de la fin ?

Tiff : Ne pas avoir peur de se lancer, se faire plaisir, y aller pas à pas. Ne pas se mettre la pression à vouloir tout faire tout de suite.

Prendre le Zéro Déchet comme une aventure, comme un jeu, y aller progressivement.

NB : Tiphaine propose de coacher celles et ceux qui souhaitent être accompagné·e·s dans la démarche Zéro Déchet.

 

Merci à Tiphaine pour ce long interview et ce shooting photo…

réalisé un jour de grand vent à Lyon !

RESSOURCES EN LIGNE :

Le blog de Tiphaine : Tiff in Lyon 

Son site ZD : Zorro Déchet

Association Zéro Déchet Lyon

Association Zero Waste France (qui a lancé en 2018 le défi « Rien de neuf »)

ZD : 100 sites pour comprendre et agir

Le concept d' »économie bleue » développé par Gunter Pauli (vidéo)

LIVRES :

Les épluchures, tout ce que vous pouvez en faire de Marie Cochard

Zéro Déchet de Béa Johnson

Famille (presque) Zéro Déchet de Jérémy Pichon et Bénédicte Moret

ET AUSSI :

La carte des magasins de vrac lyonnais élaborée par Tiff

Quelques adresses sélectionnées à Lyon :

Biocoop Terreaux – 13 rue d’Algérie – 1er

Bulko – 3 quai Jean Moulin – 1er

A la source – 63 rue de la Part-Dieu – 3°

Mamie Mari – 97 rue de Créqui – 6°

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